Actualités Dossiers
Rencontres

Conseils de Championnes : Sophie Duarte

Sophie Duarte veut casser les croyances

Malgré un abandon au 32e kilomètre, Sophie Duarte, championne d’Europe de cross-country en 2013 et spécialiste de la piste, a fait son entrée sur le marathon à Paris au printemps dernier. Pourtant elle n’est pas devenue marathonienne pour autant, estimant que, quel que soit son niveau de pratique, on peut, on doit jongler avec toutes les distances.

  • Vous réfutez l’expression, tournant de carrière, après votre entrée sur le marathon à Paris…

« Bien sûr, je n’aime pas cette expression, on peut rester coureur de fond sur 5 000 m, 10 000 m, semi ou marathon. C’est ma philosophie. Prenez l’exemple de l’Américain Galen Rupp, troisième du marathon aux Jeux de Rio cet été et vainqueur du 10 000 m. (Devenu marathonien, l’Anglais Mo Farah a aussi, après Londres 2012, conservé à Rio son double titre olympique sur 5 000 m et 10 000 m NDLR). Quel que soit son niveau, on ne doit pas se cantonner, à un certain moment de sa carrière, à une seule distance, il faut casser ces croyances. »

  • Pourtant avec le passage des années on reste sans doute endurant mais on est bien moins rapide…

« Non, malgré le passage des années on peut toujours courir vite, être rapide. On perdra ses qualités de vitesse, si on arrête de les travailler. Prenez l’exemple de Christelle Daunay qui, à 41 ans, a battu son record sur 1 500 m. C’est valable pour tout le monde, à tous les niveaux, je vous répète qu’il faut casser ces croyances. »

  • Mais où en êtes-vous avec le marathon, quand même un deuxième dans quelques mois ?

« A Paris, une tendinite a entraîné mon abandon au 32e kilomètre. J’en referai un autre en 2017, mais avant je vais continuer à travailler ma vitesse en courant au moins cinq semi-marathons, j’ai fait les 20 km de Paris le 9 octobre dernier (9e en 1h10’44’’ NDLR). »

« Quel que soit son niveau, on ne doit pas se cantonner, à un certain moment de sa carrière, à une seule distance, il faut casser ces croyances. » Sophie Duarte ©Kalenji

  • A la lumière de ce que vous venez de dire quels conseils de base pouvez-vous donner vous à nos lecteurs ?

« Ils travaillent toute la journée et pour bien courir, la prise en compte de son emploi du temps est primordiale. Je suis donc favorable aux séances matinales, tôt le matin, à jeun et avant d’aller travailler. Il faut bien sûr s’échauffer, procéder à un assouplissement articulaire, cela même si le corps s’adapte vite. Un exemple de séance : 20 mn d’échauffement puis 20 mn à 14 km/h (durée et vitesse à adapter selon vote niveau et votre disponibilité horaire), et finir par 20 mn entre 14 et 15 km/h. On peut faire ces séances le mardi et le jeudi par exemple puis deux autres le week-end, une séance fractionnée type 3 x 3 000 m allure semi-marathon le samedi et la sortie longue de 1h30 à 2 heures le dimanche sur sol souple bien sûr. Mais surtout pour les coureurs encore inexpérimentés un conseil : ne pas vouloir tout, tout de suite. »

  • Vous, comment vous entraînez-vous ?

« Je fais 10 séances hebdomadaires, et je double matin et soir quatre fois dans la semaine. Une sortie longue est prévu le dimanche de 1 h 45 à 2 h 10 et une autre moins longue de 1 h 20 le mercredi. Je fractionne beaucoup, mais pas seulement sur la piste, en nature aussi avec le fartlek en groupe. A cela, j’ajoute du travail en côtes. »

  • Vous êtes spécialiste de diététique, titulaire d’un diplôme de nutrition sportive, alors vos conseils pour les coureurs ?

« La nutrition est un facteur de santé, elle renforce notre corps. Ce que je conseille aux sportifs, c’est, ce que j’appelle, une alimentation du pauvre. A savoir une alimentation à base de pâtes, de riz, de pommes de terre et avec un grande part de légumes verts de saison. A cela on ajoute des protéines sèches avec viandes et poissons non gras. Je suis originaire de l’Aveyron, on mangeait bio, il faut continuer, même si le bio est malheureusement plus cher dans les commerces. Il faudrait donc être riche pour bien s’alimenter. En fait si on peut, il faut aller chercher le bio dans les fermes, les associations. Et surtout éviter plats préparés et boissons sucrées. Eviter aussi pour perdre du poids les régimes restrictifs qui sont néfastes pour la santé. »

Courir est sa passion mais elle n’en oublie pas la compétition. ©Kalenji


Une championne vraiment très éclectique !

Née à Rodez il y a 35 ans, Sophie Duarte, vit à Toulouse et est licenciée au CA Balma. Recordwoman de France du 3 000 m steeple en 9’25’’62, Sophie Duarte est entraînée par l’Anglais David Heath, ancien spécialiste de cross. Néo-marathonienne, Sophie a couru sur 3 000 m steeple de 2003 à 2012 puis sur 5 000, 10 000 m et cross-country jusqu’à aujourd’hui. Championne d’Europe de cross-country en 2013 à Belgrade en Serbie, l’athlète du CA Balma continue de pratiquer une spécialité, moins populaire aujourd’hui, mais que l’on sait excellente pour la puissance musculaire et la vitesse. Elle dit aussi avoir aimé le steeple qui combine rapidité, technique et endurance, Sophie privilégiant la variété à l’entraînement. Sophie Duarte a aussi participé aux Jeux olympiques de 2008 à Pékin sur 3 000 m steeple, mais, blessée, pas à ceux de Londres en 2012.


  • Revenons au marathon, comment expliquez-vous que la France et l’Europe n’aient plus de grands marathoniens ? Peut-être le dopage ou la crainte des coureurs de fond de ne pas pouvoir gagner leur vie…

« Personnellement je suis professionnelle avec le concours des équipementiers sportifs et cela même si mes gains sont sans bien sûr rapport avec ceux des «footeux ». Non le problème du dopage au Kénya et en Russie est en revanche bien réel, on ne peut le nier. Toute cela fausse bien sûr les résultats, mais ma passion reste néanmoins intacte, je suis toujours très motivée. Le problème du fond et celui du marathon en France est aussi lié au manque d’entraîneurs qualifiés, formés, dans nos clubs, le mien, David Heath est anglais, il vit en France. Mais les meilleurs entraîneurs européens, c’est souvent au Kenya ou en Ethiopie qu’ils vont désormais exercer. Dans ces conditions… »

  • Heureusement la course populaire, dont le marathon, ne s’est jamais aussi bien portée…

« Il y a une prise de conscience, dans une société devenue très sédentaire, des bienfaits du sport et de la course à pied pour la santé. Il y a aussi, c’est vrai, une hyper communication sur ce sport à des fins commerciales. Quant au marathon, il est mythique, on veut le finir, progresser et c’est aussi, avec cette distance, devenu l’occasion de voyager, de faire du tourisme. »

  • Le trail est aussi en plein boom, allez-vous aussi devenir traileuse et forcément vous ne serez forcément pas d’accord si je vous dis que l’on se met au trail quand on ne progresse plus sur marathon, le chrono important peu en nature…

« En effet on peut très bien continuer à courir sur 10 km route, marathon et faire aussi du trail. Personnellement, j’en fais du trail quand je cours, quand je m’entraîne en nature, notamment à Font-Romeu (Pyrénées orientales) où je me rends cinq ou six fois par an en stage pour courir en terrains vallonné et bénéficier des effets de l’altitude (1 800 m NDLR). »

Propos recueillis par Philippe Maquat en octobre 2016 et publiés dans Running Coach numéro 37.

Commentaires

Le Top 5 de RUNNING ATTITUDE